Le 19 janvier dernier, Géraldine Gudefin, doctorante à l'université de Boston (Etats-Unis), s'est appliquée à réfléchir avec les élèves de 1ère à ce qu’on appelle la laïcité et à comprendre ce qu’est la laïcité en France. Elle a choisi une approche historique...

 

Définition : laïcité vient du grec et désigne ce qui est commun, ce qui appartient au peuple (dans l’Église catholique dès les origines on distingue les fidèles du clergé).

Laïcité terme spécifiquement français mais dans de nombreux pays on réfléchit aux liens et à la séparation entre les religions et l’Etat. Laïcité n’est pas un monopole français. Le terme date de 1871, « laïcité » n’apparaît dans aucun texte législatif. Depuis les années 1990 seulement on parle de laïcité à la française.

Séparation en France date de 1905 mais elle a déjà été mise en œuvre au Mexique en 1871.

 

Madame Gudefin demande aux élèves ce que renferme pour eux le terme de "laïcité". Elle collecte les représentations des élèves:

-          Religion reléguée à la sphère privée

-          Respect / tolérance de toutes les religions

-          Liberté de culte

-          Ne pas pratiquer de manière ostentatoire

-          Neutralité

3 principes fondant la laïcité :

  1. Egalité entre les religions
  2. Séparation du politique et du religieux : le religieux n’intervient pas dans le domaine politique, le politique n’intervient dans l’organisation de chaque religion. Il n’y a pas de religion officielle.
  3. Assurer la liberté de conscience

Dans un Etat laïc on peut choisir sa religion, changer de religion, pratiquer la religion qui est héritée des parents, n’avoir aucune religion.

La laïcité implique la séparation entre les religions et l’État et la neutralité de l’État. La laïcité est donc marquée par une dimension négative car elle précise ce qu’on ne doit pas faire dans les relations religion / État et non ce qu’on doit faire.

Textes fondateurs :

-          Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » : liberté de religion est intégrée à la liberté d’opinion, c’est une concession (« mêmes religieuses »). Avec la Révolution la tolérance religieuse avance.

-          Loi de 1905

  • Article 1er : liberté de conscience (la croyance) et libre exercice des cultes (pratique religieuse)
  • Article 2 : pas de religion officielle, la République ne finance pas les religions en culte mais elle autorise l’existence d’aumôneries dans les établissements scolaires, hospitaliers et pénitentiaires ainsi qu’à l’armée → religion n’est pas reléguée à la sphère privée mais Etat ne la finance pas
  • Article 27 : les manifestations religieuses dans la sphère publique ne sont pas interdites mais doivent respecter le cadre fixé par la loi.
  • Article 28 : interdiction des symboles religieux dans les monuments appartenant à l’Etat (jusqu’au XIXe il y avait des croix dans les édifices publics). L’Etat ne peut contraindre les individus en matière religieuse.

-          Constitution IVe République, article 1 : la France est une république laïque. C’est repris en 1958 mais laïcité n’est pas définie. Elle est cependant aussi importante que liberté, égalité, indivisibilité…

 

Approche historique (France)

- Au moyen âge : les liens entre l’Eglise et l’Etat sont étroits, pas de séparation entre le politique et le religieux, notamment à l’occasion du sacre des rois de France → si l’idée de séparation est aussi importante en France c’est parce qu’on part d’une histoire longue dans laquelle les deux sont étroitement liés.

 

A l'époque moderne, les tensions entre catholiques et protestants sont très durs du XVIe au XVIIIe :

  • Massacres liés à la Saint-Barthélemy en 1572
  • Protestants ont le choix entre la conversion au catholicisme, la mort ou l’exil en 1685 (révocation de l’édit de Nantes qui leur permettait d’exercer leur culte).

     

  • La laïcité est conçue pour éviter ce type de violences religieuses et de massacre

-          Parmi les facteurs de la Révolution, l’idée de séparation religion / politique est développée par les philosophes des Lumières qui considèrent que l’individu doit être autonome dans le domaine de la pensée.

-          Les droits de l’homme posent la liberté et l’égalité comme des éléments caractéristiques de l’homme, c’est une idée révolutionnaire d’où la condamnation du texte par le pape Pie VI en 1791. Cela entraîne un conflit autour de la religion entre les révolutionnaires et leurs opposants. Les révolutionnaires fondent une nouvelle religion (fête de l’être suprême en 1794) et persécutent les catholiques et le clergé sous la Terreur (1793-1794).

-          1795 : la Constitution du Directoire introduit la liberté de conscience et de culte mais décide de ne salarier aucun culte (comme la loi de 1905).

-          La révolution est marquée par l’instabilité politique et religieuse et par une grande violence (guerre de Vendée). Napoléon est décidé à rétablir la paix religieuse et signe un concordat (un traité portant sur l’organisation de l’Eglise catholique) avec le pape. Il reconnaît que la religion catholique est celle de la plupart des Français. Il accorde la liberté de conscience et de culte mais surveille les religions par le biais des consistoires qui représentent les religions (protestants et juifs), les prêtres de toutes les religions étant financées par l’Etat (ce que supprime la loi de 1905).

Napoléon se sacre lui-même à Notre Dame de Paris ce qui montre une évolution des relations entre l’Etat et les religions.

Cas concret : le mariage et divorce civil n’existent pas avant la Révolution. En 1791, le divorce civil est instauré puis aboli du divorce civil sous la Restauration et rétabli en 1884 sous la IIIe République dans un contexte de laïcisation de l’espace public (lois de 1881-1882 : école gratuite, obligatoire et laïque, Jules Ferry avait demandé une loi dès 1880). Pour Ferry l’éducation religieuse relève du clergé, l’éducation morale du clergé.

 

 

Les années 1880 sont marquées par l’anticléricalisme (opposition au pouvoir religieux) qui prend la forme de caricatures parfois très violentes : prêtres maléfiques, rejet de la basilique du Sacré Cœur, Eglise tentaculaire étouffant la société (pieuvre).

Années 1890 : l’anticléricalisme est moins virulent puis nouvelles attaques anticléricales avec l’affaire Dreyfus qui tourne à l’affrontement entre cléricaux et anticléricaux → loi de 1905 pour pacifier les relations entre cléricaux et anticléricaux, ce qui est acquis dans les années 1920.

Échange avec les élèves

-          Le pluralisme religieux est étroitement lié à la laïcité.

-          La perception des liens entre religion et Etat sont perçus de manière différente entre les Etats

  • Les Américains voient dans l’interdiction des signes ostentatoires une aberration car dans l’histoire américaine, ce sont les minorités religieuses opprimées en Angleterre qui sont venues s’installer dans les colonies et veulent se protéger d’un État qui pourrait leur faire du mal.
  • Les Français ont du mal à admettre que le président Américain prête serment sur la Bible car en France, la situation est inverse de celle des États-Unis : on cherche à protéger l’État des religions

-          La laïcité s’applique différemment en fonction des espaces et des fonctions

  • Un médecin à l’hôpital ne peut pas porter de signe religieux car il représente l’Etat et est donc neutre comme l’Etat, mais les patients qui viennent à l’hôpital peuvent porter leurs signes religieux
  • Les lycéens ne peuvent pas porter de signes religieux (risque d’influence car ils sont mineurs) mais les étudiants si (ils sont adultes)

-          Appel à vigilance sur discours politiques actuels sur la laïcité, à bien s’informer, à adopter une attitude critique face aux vifs débats qui traversent notre société en ces temps de crise sociale et économique.

Compte rendu établi par Romain Marchand,

Professeur agrégé d’histoire

Docteur en histoire moderne